L'anticapitalisme, pourquoi ?
- Lubin Dargère
- 12 sept. 2024
- 3 min de lecture
Le collectif "La Montagne", se définit comme un courant anticapitaliste, ce qui n'est pas sans provoquer quelques remous dans les discussions que nous entretenons avec des camarades socialistes et des citoyens désireux de comprendre notre logiciel idéologique. Ce billet est fait pour eux ; il souhaite, en tout cas, tenter de leur apporter une réponse.
L'anticapitalisme, au même titre que la décroissance, est, selon Paul Ariès, un "mot obus". Nous le constatons souvent, ce terme aussitôt employé déclenche l'expression d'affects, négatifs comme positifs, très importants, en raison de l'acception que les personnes en ont, et de leur positionnement politique respectif.
Pour nous, utiliser ce vocable était incontournable pour que ceux qui s'intéressent à nos travaux comprennent véritablement ce que nous portions. Le problème est simple : le mot "socialisme" a été utilisé à tort et à travers, a été dévoyé même par des politiques qui s'en sont manifestement détournés, tout en continuant de s'en réclamer. Ce que nous affirmons c'est que l'idéal socialiste ne peut se réaliser dans le cadre du système économique capitaliste. Il convient, en conséquence, d'envisager une rupture avec celui- ci. C'est pour cela que nous nous réclamons de l'anticapitalisme.
Ensuite, se pose la question centrale de la nature de cette rupture. Elle pourrait survenir dans un épisode insurrectionnel, ou dans un processus électoral, plus classique. Afin de préciser notre position, nous associons souvent à l'anticapitalisme le terme "réformisme". Si j'aurai l'occasion de revenir plus largement sur ma vision du réformisme, dans un prochain billet, je dois néanmoins dire ici, que la rupture avec le système capitaliste est ici envisagée de manière progressive. Ainsi, on peut comprendre, que si des hommes et des femmes qui portent nos idées parvenaient un jour à conquérir le pouvoir, nous ne sortirions pas immédiatement du cadre capitaliste, et quand bien même ils le voudraient, cela serait clairement impossible.
En revanche, nous porterions, en ayant bien compris les concepts de "programme minimum" et de "programme maximum", un socialisme gradualiste -"possibiliste" même si l’on veut, pour reprendre l’expression de Paul Brousse- en vertu duquel, nous appliquerions des politiques qui seraient le fruit d’engagements contractés avec nos concitoyens, au moment des élections, en vue d'avancer via des phases de transition successives sur le chemin de notre idéal, de la finalité de notre projet politique. Si les
sociaux-démocrates -au sens historique et non médiatique du terme- veulent corriger les excès du capitalisme, les socialistes aspirent à le dépasser. Nous ne sommes pas des sociaux-démocrates, nous sommes des socialistes, et nous demeurons de ce fait des militants anticapitalistes, qui promeuvent un autre paradigme de société. Notre désaccord principal avec beaucoup d'autres camarades, sur cette problématique, tient donc à la place de l'idéal. Nous pensons quant à nous, que tous ceux qui l'ont mis dans un placard ont réalisé une grave erreur, ce sont détournés de l'authenticité de notre doctrine, et ont connu une dérive droitière certaine.
La Montagne entend réhabiliter la place de l'idéal, du but, en politique, et ces derniers se doivent de demeurer anticapitalistes. Les socialistes ne doivent plus être, comme ils le sont trop souvent, de "bons gestionnaires" du système oppressif, ils doivent redevenir, ou devenir tout simplement, de véritables transformateurs de la société. Nous en serons.
A ceux, qui nous traiteraient "d'utopistes", de "doux rêveurs", en se targuant d'être dans le concret, d'être "pragmatiques" et "réalistes", je leurs réponds, dans un premier temps, qu'il est préférable de rêver un peu que de supporter sans rechigner cette société inhumaine, et dans un second temps, que ceux qui se bercent vraiment d'illusions sont ceux qui pensent qu'un avenir désirable peut se construire sans une rupture progressive avec le capitalisme, compte tenu des crises politiques, sociales, économiques et environnementales qui sont et seront encore davantage dans les prochaines années à l'œuvre.
Vous l'aurez compris, nous n'en avons pas fini de porter avec fierté le socialisme démocratique historique, qui ne pourrait être confondu ni avec le communisme, ni avec la social-démocratie, qui ont tous deux des visées politiques différentes de la nôtre. C'est pour toutes ces raisons que nous continuerons joyeusement à nous décrire comme des socialistes anticapitalistes et réformistes !
Lubin Dargère
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