"La Montagne, la surprise de ce congrès ?" - Interview de Lubin Dargère
- La Montagne
- 31 janv.
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Voici l'interview réalisé avec Lubin Dargère, Premier signataire du PAN "De l'Audace", afin d'expliciter le sens de sa candidature au congrès des Jeunes socialistes.
Quel est le sens de ta candidature ?
LD : Si je suis le premier signataire de notre Plan d'Action National, c'est pour porter avec force le projet montagnard, qui est le résultat d'un grand nombre de travaux idéologiques. En effet, depuis longtemps nous contribuons aux débats, au sein des Jeunes Socialistes mais aussi au-delà de notre organisation, par la rédaction de nombreux billets, la publication d'articles, l'adoption d'une charte idéologique claire, et l'organisation de nombreuses rencontres avec différentes personnalités politiques parmi lesquelles Jean Auroux, Chloé Ridel ou encore Rémi Cardon. Au moment de déterminer qui serait notre premier signataire, nous avons collectivement décidé que me reviendrait la tâche de représenter notre collectif, et c'est pour moi une grande fierté.
Peux-tu nous en dire davantage sur votre projet ?
LD : Notre projet peut être divisé en deux parties : la doctrine que nous portons, et le mode de fonctionnement que nous voulons faire adopter aux Jeunes Socialistes.
Pour l'aspect idéologique, nous entendons défendre le socialisme démocratique, qui vise à démocratiser l'ensemble des sphères publiques de nos existences, et plus particulièrement à socialiser les moyens de production. Nous voulons rendre les salariés souverains vis-à-vis de leur outil de travail. En ce sens, nous proposons d'adopter immédiatement la cogestion, dans toutes les entreprises du pays de plus de dix salariés, et de promouvoir les coopératives et les entreprises autogérées, sur le long terme. Au niveau institutionnel, nous souhaitons intégrer à notre vaste projet de VIème République une Chambre du Travail, comme le proposait l’illustre Jean Jaurès, où siègeraient des représentants syndicaux et patronaux élus, et qui correspondraient fidèlement à la réalité socioprofessionnelle de notre pays. Cette nouvelle assemblée viendrait remplacer le Sénat, chambre conservatrice par nature. Pour limiter les inégalités, nous souhaitons diminuer l'éventail des salaires, en instituant un écart maximal de un à dix entre le plus petit et le grand salaire dans une même entreprise, et demander aux entreprises des documents justifiant les salaires perçus par les femmes par rapport à ceux des hommes, sur le modèle islandais. Enfin, puisque les inégalités économiques qui persistent dans notre société sont souvent des inégalités de patrimoine, nous entendons réformer radicalement les droits de succession. Pour te répondre je me suis cantonné aux problèmes liés au travail car il s’agit d’un de nos thèmes majeurs mais nous avons aussi nourri des réflexions ambitieuses au niveau du féminisme, de l'écologie, de l'éducation, de l'Union Européenne, ainsi que des relations internationales et nous aurons à cœur de les faire connaître.
Au niveau fonctionnel, nous aspirons à une plus grande démocratie militante, avec plus de transparence et de lisibilité sur les décisions prises dans les instances nationales. Nous estimons qu'il faut recourir davantage à des consultations militantes que les outils numériques nous permettent aujourd’hui d'organiser aisément. Surtout, les Responsables Fédéraux, qui sont au plus proche de la réalité (et donc des difficultés) du terrain et du vécu militant, doivent être plus considérés et plus souvent consultés. Beaucoup d'entre eux nourrissent de très beaux projets, que les Jeunes Socialistes se grandiraient à généraliser.
Peux-tu nous décrire ce qu'est "La Montagne" ?
LD : La Montagne est un collectif de jeunes camarades socialistes, au fonctionnement particulièrement démocratique et horizontal, où chacun peut s'investir en fonction de ses envies. Pour illustrer ce propos, tous les militants qui le souhaitaient ont pu participer à la rédaction collégiale de notre motion, ce qui n’est pas habituel. Je crois aussi que nous sommes assez exigeants au niveau doctrinal car nous aspirons véritablement à changer la société. Nous entendons lutter contre la social-démocratisation de notre organisation, et contre l'offensive libérale-réactionnaire à l’œuvre dans notre société. Le socialisme démocratique que nous prônons parvient à réaliser une synthèse : ne pas s’habituer à la laideur et l’injustice de notre monde, en poursuivant un idéal précis dont nous n'avons pas peur de dire qu'il est anticapitaliste, et ne pas se complaire dans des rêveries comme le font tant de révolutionnaires de salon, en proposant de nombreuses mesures qu'un gouvernement socialiste pourrait adopter immédiatement car nous sommes des réformistes convaincus. Par ailleurs, et je trouve que cela manque au sein de notre famille politique, nous proposons un autre paradigme de société, une autre civilisation, qui peut faire naître l'espoir, l'espérance, les rêves. Se borner à critiquer un modèle c'est reconnaître in fine sa supériorité, pour le dépasser nous devons tenter de dessiner les contours de ce que pourrait être un contre-modèle, pouvant ensuite susciter une mobilisation enthousiaste dans laquelle la jeunesse devra jouer un rôle décisif.
Pourquoi est-il selon toi pertinent de déposer un plan d'action national, lors du prochain congrès des Jeunes Socialistes ?
LD : Tout d'abord, en tant que militants socialistes, nous sommes très attachés à la démocratie interne, et ce congrès est une occasion de formuler des vues idéologiques, assorties de propositions, de les discuter et de déterminer la vision qui sera retenue. Pour nous, toute occasion de présenter nos propositions, de débattre pour convaincre de nouveaux camarades est bonne à prendre et doit être saisie. En outre, je considère que nous avons été une minorité utile pour le mouvement. Aujourd'hui, la direction sortante se positionne sur des sujets que nous avons mis en avant tels que la démocratie au travail, et reprend aussi certains de nos formats comme la publication de billets. Que cela soit très clair La Montagne n'a aucune exclusivité, et nous sommes très honorés que nous puissions, depuis la minorité, infléchir les positions et les actions du mouvement. Au niveau local, les fédérations qui sont majoritairement montagnardes fonctionnent très bien : nous pouvons y concrétiser de nombreuses initiatives. Néanmoins, La Montagne a encore de nombreux combats à mener pour que les Jeunes Socialistes soient aussi socialistes que nous le voudrions, au niveau de la doctrine, et aussi démocrates que nous le souhaiterions, au niveau du fonctionnement. Il y aura du pain sur la planche pour la prochaine direction, et nous estimons nécessaire de formuler une alternative à ce qui a est proposé aujourd’hui par les autres courants. De ce point de vue, même des camarades qui ne voteront pas pour nous m'ont dit reconnaître que le dépôt de notre motion contribuera à approfondir le débat interne. La Montagne dépose pour la première fois un texte, et j’ai la conviction que nous serons la surprise de ce congrès. Nous espérons bien peser de tout notre poids sur l’organisation pour qu’à l’issue de ce congrès le plus grand nombre de nos propositions soient retenues. Une chose est claire : les militants socialistes et par-delà notre famille politique les sympathisants de gauche attentifs n’ont pas fini d’entendre parler de La Montagne !
Pourquoi as-tu choisi de te déclarer aussi tardivement ?
LD : Il est vrai que nous n’avons pas été les premiers à nous déclarer, mais cela s’explique par la manière dont nous appréhendons les choses à La Montagne. En effet, il était impensable de mettre en avant un candidat, avant d’avoir terminé nos travaux idéologiques, et d’avoir lancé notre communication pour porter nos propositions. Chez nous, le premier signataire est au service du texte, et non l’inverse. Aussi, je ne souhaite nullement personnaliser cette campagne, et je regrette à titre personnel la « présidentalisation » que revêt cette élection. L’important est de porter une orientation idéologique claire, avec des propositions précises, et un changement au niveau du fonctionnement interne. Nous estimons que le choix des personnes qui devront rendre concret notre plan d’action national est secondaire, car nombreux sont les montagnards compétents et talentueux !
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