Au nom des faiseurs.euses de vacances
- Eliott Roig
- 17 août 2023
- 3 min de lecture
Cher lecteur, chère lectrice, camarade,
il est 20h15 quand je t’écris. Pourquoi je te le précise ? Parce que je veux te parler un peu de ma journée. Ce matin je me suis levé à 5h45. J’ai fait une heure de trajet de bus. Je suis arrivé à 7h30 au Centre de Loisirs pour pouvoir accueillir les enfants dès 7h45. Je suis sorti du travail à 18h20 au lieu de 18h00, des parents étaient en retard pour venir chercher leurs enfants. Je n’ai pas été payé davantage. J’ai eu une journée de 11h, 10h15 si on enlève la pause de 45 minutes au milieu de la journée. Combien ça me rapporte ? 53 euros la journée. Soit 4.81 euros de l’heure. Et encore ! Je suis bien loti ! Ma collègue qui travaille dans la colonie de vacances à quelques kilomètres, elle est moins bien payée et travaille beaucoup plus !
Cela vient de notre contrat, la forme la plus répandue dans l’animation : le Contrat d’Engagement Éducatif (CEE), qui est un contrat vacataire très précaire. Si on rate une demi-journée, en fonction de la structure dans laquelle on travaille, on peut perdre toute la journée de salaire. Si on est absent, malade, aucun dédommagement. On perd juste notre salaire. Ça te fait envie ? Non ? Je comprends.
Aujourd’hui, cela a été rappelé récemment, le salaire moyen brut de l’animation est de 25.34€ par jour. Cela, généralement si tu es diplômé.e, car les stagiaires gagnent moins ou ne sont pas payé.e.s, et les non diplômé.e.s ont souvent une rémunération encore moins élevée.
Résultat ? France Info titre : « Colonies de vacances : comment expliquer la pénurie d’animateurs ? » Bientôt, il n’y aura, en France, plus personne pour s’occuper des enfants de la République pour qui la colonie de vacances, le centre de loisirs, le centre social sont souvent la seule chance de partir, de découvrir autre chose ou de sortir de leur quotidien, bref d’avoir des vacances.
Notre métier est en danger, les vacances des enfants avec.
Si je t’en parle c’est parce qu’il y a urgence. Oui, on fait ce métier parce qu’il nous plaît, parce qu’on est là pour les enfants, à qui on donne tout. On fait ce métier parce qu’on a la passion, parce qu’on a la vocation. Mais justement, c’est ça qui leur sert d’excuse ! “Oui vous êtes mal payé.e.s mais vous avez la vocation en même temps…”
Et en fait, le souci c’est que les parents ont besoin de ce service pour pouvoir aller travailler sereinement. Mais pour autant le nombre d’animateur.ice.s diminue constamment. Plus personne ne veut faire ce métier. Non, la vocation ne suffit plus lorsque le salaire et la considération sont à ce point indécents.
Je t’écris ce soir pour t’alerter ! Il faut absolument que tu y réfléchisses, que tu l’intègres à tes combats, toi aussi. Nous, on le fait, par ce présent billet : il faut que nous nous engagions collectivement sur ces problèmes. Bientôt, il n’y aura plus de saisonnier.e.s, d’animateur.ice.s, etc, car nous aurons trop attendu. Nous les aurons lâché.e.s. Ne laissons pas la place à la destruction des vacances des enfants de la République par la précarisation de celleux qui leur mettent des étoiles dans les yeux pendant que leurs parents travaillent pour les nourrir.
Nous irons chercher, nous nous battrons pour :
- la revalorisation des salaires des animateur.ice.s mais également de tous.tes celleux qui travaillent l’été, parce qu’il est nécessaire de parler du droit aux vacances mais qu’il faut d’abord se pencher sur les droits de celleux qui les rendent possibles, celleux qui « fabriquent les vacances » !
- la restructuration du CEE voire sa suppression pour le remplacer par un contrat plus juste, sécurisé et sécurisant, moins précaire, ceci dans le but de revaloriser le statut d’animateur.ice.
- la création d’un service public des vacances.
- l’augmentation conséquente des subventions publiques attribuées aux structures d’ACM (Accueil Collectif de Mineurs) afin que celles-ci puissent investir dans de meilleurs équipements et augmenter le salaire de leurs employé.e.s.
- l’intégration de ces combats qui deviennent urgents dans ceux des Jeunes Socialistes et du Parti Socialiste.
Eliott Roig
Comments